Déjà un mois... Voilà maintenant 31 jours, nous débarquions à Dorval après une heure d'attente sur le tarmac à cause des orages menaçant les employés y travaillant. Signes prémonitoires?
Tout d'abord, nous avons suivi les conseils de Magali et Patrick. À leur propre retour au pays, ils ont eux aussi rapporté des bouteilles de vin excédentaires. "Dites toute la vérité, rien que la vérité". Il semble que la dame derrière eux ait "oublié" quelques articles et que le douanier, quant à lui, n'ait pas "oublié" de la sermonner... Nous avons donc payé les frais encourrus. Si vous faites de même, sachez que la SAQ taxe 60% sur toute importation. Prévoyez le taux de change. Ce qui aurait pu nous coûter un bras, une jambe et fort probablement les yeux de la tête "Napa" eut lieu. En effet, la douanière a apprécié notre honnêteté et a omis certaines bouteilles pour diminuer les frais. Un conseil: ayez en main de l'argent américain pour éviter le taux de change qui a été "arbitrairement" fixé à 25%. Après vérification le lendemain, le vrai taux était à moins de 1%...
Autre conseil judicieux. Si vous laissez votre voiture au Park and Fly pour une période aussi longue (c'est la deuxième fois dans notre cas), assurez-vous d'avoir un coupon rabais facilement dénichable sur le net. Vous sauverez plus de 50%. En effet, après y avoir inséré le ticket, le montant dû avoisinait les 350$! Heureusement, le dit coupon rabais, a diminué les frais à 110$, ce qui est toujours bien au dessous des tarifs encourus par un taxi ou, mieux encore, d'un service de limousine.
Dernier conseil... Si vous revenez d'un si long voyage ou de si intenses vacances, prévoyez une période d'ajustement... Surtout si vous êtes enseignant. Les "Maudit chanceux! Tu as deux mois de vacances l'été!" et les "Wow! Encore trois semaines pour te reposer!" sensés vous réconforter avec la vie ont parfois l'effet contraire. On se sent comme si on n'avait pas le droit, nous aussi, d'être anxieux et de craindre le retour au travail...
Et ce fut mon cas... Écrire tous les jours, tenir un blogue, photographier la vie, observer les gens, se questionner: tout ça m'a fait réaliser qu'il y a autre chose. Autre chose que d'enseigner. Autre chose que ce carcan vocationnel peu reconnu et sous valorisé. Autre chose que ces heures supplémentaires faites sur le bras. En moins de deux, me voilà revenu à l'état d'âme de la fin juin. Ce que je souhaitais à tout point éviter...
Donc me revoilà pris là à chercher à m'en sortir. Parce qu'il faut s'en sortir. Parce que la vie continue. Il n'en tient donc qu'à moi de choisir avec quelles lunettes la voir, cette vie. Voici donc les constats:
- Tout le monde doit travailler.
- Tout le monde veut gagner le million.
- Tout le monde veut arrêter de travailler par la suite.
- Ça m'arrivera pas demain: je n'achète pas de 6/49.
- L'enseignement est sous valorisé.
- L'enseignement est sous payé.
- J'y gagnerai pas le million.
- Je suis au top de l'échelle salariale.
- J'ai deux mois de convalescence l'été.
- J'ai deux semaines de congé aux fêtes.
- J'ai une semaine de relâche en mars
- Je ne suis pas obligé de me culpabiliser d'en avoir plus que les autres.
- J'aime m'amuser avec les enfants en classe.
- J'aime leur créativité et leur motivation.
- J'aime leur apprendre et apprendre d'eux.
- Je ne sens pas que je travaille quand on est ensemble.
- Mes conditions de travail ne permettent pas d'en faire plus pour les "sauver".
- Les projets que je fais avec mes collègues, eux par contre, me motivent grandement.
- Malgré toute ma volonté, je ne recevrai jamais le titre de meilleur prof au monde.
- Malgré toute ma volonté, je ne suis pas obligé d'être le meilleur prof au monde.
Et si c'était ça, le secret? Quand j'avais 8 ans, j'ai su que j'allais exercer ce métier. Au delà de l'astreignant, j'ai d'abord choisi le sourire des enfants, leur expression de joie quand ils apprennent et comprennent quelque chose, leurs commentaires parfois comiques, souvent curieux. J'ai choisi le dynamisme de mes collègues, notre besoin de nous surpasser et d'être créatifs, la satisfaction d'avoir franchi une étape, même si elle n'est pas mesurable et objectivable ministériellement.
Je ne serai jamais un chanteur populaire, un photographe émérite ou un acteur primé. Pas plus qu'un auteur célèbre. Mais j'ai du plaisir à faire tout ça et ça me nourrit. Bien que je cherche, je ne sais pas encore où la vie me mènera...
Dans moins de deux ans, l'anglais sera devenu intensif (pas seulement parce que les libéraux ou les caquistes pourraient être élus mardi). Les conditions de travail seront sûrement les mêmes. Il faudra revoir les normes et modalités et le plan de réussite. L'annexe 28 ne sera pas bonifié et on me compensera un maigre et ridicule 139$ pour un surplus incalculable d'heures que je devrai prouver, justifier et faire approuver à la seconde près.
Mais dans moins de deux ans aussi, je serai en traitement différé (ce n'est, j'espère, pas un suivi psychologique particulier mais bien des vacances obtenues après une réduction salariale assumée au cours de trois années et demi). J'aurai donc la chance de revoir mes propres normes et modalités qui orientent mes propres petites réussites quotidiennes. Je constaterai que mon propre plan de réussite a comme approche orientante mon propre bonheur. Et j'y annexerai sûrement 139 raisons qui elles, valent la peine d'être reconnues sans être justifiées et prouvées.
Merci Annie P. d'avoir (ironiquement) 101 savoureuses répliques à la non élection de Légo. Merci Annie T. d'être la première marathonienne que j'ai croisée sur le seuil de l'école. Merci Chantale d'avoir partagé ton voyage en Alaska. Merci Olivier d'avoir correspondu avec moi. Merci Jonathan de m'avoir fait faire ton tour du globe. Merci Christianne de m'avoir proposé de chanter au marché public de Pointe-aux-Trembles. Merci Rosalie pour le sourire dans tes yeux après toutes ces années. Merci Amélie pour ta contagieuse bonne humeur quotidienne. Merci John: We're the Queen(s) of California. Merci Chantal pour les nouveaux projets. Parce qu'on n'est pas obligé de courir trois kilomètres en 15 minutes. On peut marcher un kilomètre, être fier de soi, avoir du plaisir, savoir que ça rapporte même si on a aucune idée comment on va passer le programme. F*&k le programme!
Bon... Je m'en vais prendre ma dose de Prozacs... Aujourd'hui, c'est à bord d'une Subaru blanche 2012 qui prend l'huile et qui accélère sans raison. En direction de Lake Placid ("C'est où ça, 'stie?") avec mon amoureux qui veut juste que je sois le plus heureux au monde...
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